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Proclamation des rhétos 2011

Discours, félicitations et au revoir

Lors de cette soirée, les titulaires (Mme Wiot, Mme Counet et M. Waaub) ont clôturé les études de nos aînés. Monsieur Rosi nous a également instruit sur l’une ou l’autre structure de la langue française.

Découvrez ici quelques images-souvenirs de cet événement

et le discours de Monsieur Rosi :


Aux Rhétoriciens
(Juin 2011)

« Non ! Je ne vous parlerai pas de vos angoisses ! Je passerai sous silence les tortures et les affres passées ! » : voilà une prétérition en bonne et due forme pour commencer ce discours. Certains parmi vos proches, il y a quelques jours encore, vous gratifiaient sans doute de vigoureux : « Allons ! Du nerf ! De la volonté ! Du courage ! » : ils s’adonnaient ce faisant à ce qu’on nomme une exhortation. « La session a commencé, j’ai étudié, la session est terminée, les examens sont finis et – c.q.f.d. – nous avons réussi » est une schématisation, bien compréhensible étant donné votre état d’essoufflement avancé. « La session a commencé et j’ai étudié et la session est terminée et les examens sont finis et j’ai réussi » serait une polysyndète tout à fait excusable puisqu’elle réussit à exprimer l’état second qui a été le vôtre jusqu’hier après-midi.

Dire qu’aujourd’hui « vous êtes soulagés » est une litote ; « marre de Saint-Dominique », un euphémisme de bon aloi (que vous aurez d’ailleurs tout loisir d’aller inscrire, tout à l’heure, sur le mur à souvenirs au moyen de ces « stifs », pour employer un très belge pérégrinisme). « Je suis heureux d’avoir fini » est un truisme des plus plats. « J’en ai fini avec mes profs. Mes profs ne s’en portent pas plus mal » est une anadiplose pleine de vérité. Sachez quand même que « nous allons nous éclater ce soir » n’est plus une métaphore depuis longtemps, mais bien une pauvre et malheureuse catachrèse.

Vous avez « capté » (autre catachrèse) que je me permets de faire de la rhétorique, discipline qui, si je puis me permettre un petit adynaton en passant, vous a tous passionnés au cours de cette année. Vous voilà des spécialistes maintenant de l’argumentation et de ses ornements : le style et ses figures n’ont plus de secret pour vous. Au professeur qui vous dirait, sur un ton dépité, que « vous pouvez mieux faire », vous pourrez désormais répondre par l’antiparastase suivante : « C’est un signe très positif que je puisse mieux faire puisque je sais alors que je peux progresser et que c’est quand 2 même mieux de se dire ça qu’autre chose. » Et maintenant vous savez également que le fait de vous qualifier d’« Einstein » est une antonomase très élogieuse, à moins que ce ne soit, hélas ! une forme d’ironie dont on aurait pu se passer. « Mes profs m’ont dit que je ne suis pas un Einstein » serait, par contre, un euphémisme tout aussi malvenu, œuvre certainement d’un « prof sadique » (appréciez l’hyperbole. À propos, « prof » est une apocope et « ’fesseur », si le terme existait vraiment, serait une aphérèse un peu coquine.)

« Les 6e A, les 6e B, les 6e C, leurs titulaires, leurs professeurs, leurs parents sont réunis ici ce soir » constitue une asyndète. « J’ai réussi ; je suis fou de joie » est par contre une parataxe. « En religion j’avais Scaillet. – Yeah ! » est une écholalie ; « en français j’avais Wiot. – Oh ! » en est une autre. « Une dissertation longue comme un jour sans pain » est une comparaison. « Comparaison n’est pas raison », une homéotéleute.

Revenons-en à ce qui fait votre joie au moyen de cet épitrochasme : « Ouf. Fini. Hourrah. Stop. » Ou de cette synecdoque : « Adieu aux déclinaisons. » En d’autres mots : « un, deux, trouaaaaah » (étirement), « l’école » (métonymie) est finie.

Je vous ferai grâce enfin des contrepets, que ce soit le rabelaisien « une femme folle de la messe » ou le franchement salace « il est arrivé à pied par la Chine » ; j’arrête ici cette désastreuse accumulation, que dis-je cette épouvantable verbigération qui a dû en assommer plus d’un. Je vous offre, allez encore une métaphore, sans oublier de vous remercier pour votre magnifique engagement d’hier auprès des plus jeunes de l’Institut, je vous offre ces quelques fleurs de rhétorique.


Rossano Rosi
Directeur