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Discours et images de la proclamation des Rhétos 2022

Ce 24 juin, après un discours du Directeur, les titulaires des trois classes de 6e (Mmes Marchal et Schaack en 6C, Mmes Blommaert et Stercq en 6B puis M. Özbakar en 6A) ont également pris la parole pour remettre à leurs élèves leur bulletin et leur CESS, marquant un départ vers de nouveaux horizons. Bravo à tous nos jeunes diplômés !

Retrouvez ici le discours d’ouverture de Monsieur Rosi ainsi que les photos de cette proclamation...

Discours de Monsieur Rosi

Chers futurs ex-Rhétoriciens, chères futures ex-Rhétoriciennes,

Les écrans de nos cinémas, et les écrans des cinémas du monde entier, dans un même mouvement uniforme de mondialisation culturelle, sont habitués à recevoir des films à effet de série qui n’en finissent pas de faire des petits, des à-côtés, des préquelles, des produits dérivés et sous-dérivés, le tout pour recréer, un peu comme Balzac le faisait pour sa Comédie humaine dans les années 1840, un univers — ou même des multivers pour employer un terme à la mode. Univers ou multivers qui d’ailleurs rapportent, contrairement à Balzac qui était un grand fauché, des sous en barre et des royalties en cascade. Parmi ces films en série, entre les Henri Potier ou les Guerres Stellaires, il y a les films estampillés Merveille. Je ne les ai pas comptées toutes ces Merveilles du monde, mais il y en a assurément plus que sept.

Les films de la franchise Marvel — allez, ne boudons pas l’anglais — sont, vous le savez, des films de super-héros. Et ce qui fait la particularité de ces super-héros, jadis créés par Stan Lee et Jack Kirby juste après la Deuxième Guerre Mondiale, c’est qu’ils éprouvent des sentiments, de vrais sentiments humains. Ce ne sont ni des extraterrestres façon Terminator ni des êtres artificiels façon les réplicants de Blade Runner ; ce sont d’abord des êtres humains, avec leurs passions, leurs souffrances, leurs joies. Ce qui fait qu’ils sont un peu particuliers, c’est qu’ils sont en mutation, ce sont des mutants. Ils ne sont plus tout à fait les mêmes que la plupart des hommes, ils ont un quelque chose en plus qui les distingue de l’humanité mais ne les en sépare pas.

En somme, chacun de ces super-héros est comme le symbole de ce que chaque être humain, au fond, représente pour les autres : un alien et un semblable, un être à la fois ressemblant à tout le monde et à la fois si particulier. Le mot grec pour désigner ce qui fait la profonde individualité de chacun, ce qui fait que chacun est irrémédiablement différent d’autrui, est le mot idiôtès, qui a donné « idiot » en français. On comprend de quel œil nos ancêtres voyaient les originaux et quelle idée ils se faisaient des personnes irréductibles. Un « idiot », c’est donc à l’origine un gars un peu spécial. Eh bien, nos ancêtres se sont trompés ! Il aura fallu attendre le monde des super-héros pour le comprendre ! Les super-héros ont apporté à la civilisation l’idée que la différence, c’est bien, que la petite chose qui fait qu’on n’est pas les mêmes que les autres, c’est très bien. Quand je dis petite chose, entendons-nous : ce n’est pas anodin de projeter du jus d’araignée ou de se transformer en torche humaine. Mais à part ces points de détails, les super-héros sont des êtres comme les autres. Des êtres tels que vous, qui en êtes peut-être aussi d’ailleurs.

En effet, je me suis souvent demandé si parmi vous ne se cachaient pas quelques mutants, quelques extraordinaires êtres dotés de pouvoirs supra-humains. En fait, en y réfléchissant de plus en plus, je suis arrivé à la conclusion que vous étiez toutes et tous concernés par cette hypothèse. Car des super-pouvoirs, vous en avez plein. Sans eux, il y a longtemps que vous auriez succombé à toutes les épreuves que nous vous avons fait subir. Aussi agiles que Daredevil vous avez sauté par-dessus des gratte-ciels mathématiques ; vous vous êtes barricadés comme Richard Stark dans votre armure d’Iron Man pour affronter les folies de l’orthographe française ; vous vous êtes tordus dans tous les sens comme le très élastique Reed Richards pour tenter d’épouser les contours de la syntaxe de Vondel ; vous avez su imiter Susan Storm, la Femme Invisible, pour passer parfois entre les gouttes du règlement ; il est arrivé aussi que certains d’entre vous se transforment en un Hulk tout vert de colère…

Je pourrais continuer longtemps et imaginer même plein de nouveaux personnages. Il y aurait ainsi celle ou celui qu’une mutation incroyable a rendu incapable de participer à un travail de groupe ; il y aurait celle ou celui qui faisait apparaître à la dernière seconde les justificatifs ou les certificats médicaux que Mme Evrard désespérait de voir arriver un jour sur son bureau ; il y aurait celle ou celui dont une fatalité épouvantable raccourcit les tops chaque jour davantage ou troue inexplicablement les jeans. Bref, il y a parmi vous pléthore de mutants, au point tel que ce sont celles ou ceux qui ne seraient dotés absolument d’aucun pouvoir qui en deviendraient des êtres un peu à part.

Ce que vous ne savez cependant pas, c’est que vos professeurs en ont tout autant que vous, des pouvoirs. Car sans leurs super-pouvoirs, eux aussi auraient succombé depuis longtemps aux épreuves que vous leur avez fait subir. Mais là, je ne peux pas, au risque de mettre à mal toute notre pédagogie, les dévoiler : c’est un secret d’état.

Ces films Marvel me rappellent l’époque, lointaine désormais, où ils étaient des bandes dessinées. J’en avais personnellement de nombreuses piles dont je me suis un jour débarrassé en me disant qu’il fallait quand même passer à autre chose. Quand je vois aujourd’hui le prix de ces revues plus que cinquantenaires, il arrive que je m’en morde un peu les doigts, même si je sais qu’à supposer que je les aie conservées précieusement, je ne les aurais jamais vendues. Je m’en mords les doigts parce que je vois qu’elles ont du prix et que, dans ma jeune bêtise, je n’avais pas compris que ces revues de bandes dessinées en avaient ou auraient pu en avoir. Si je les ai jetées c’est bien parce que je me suis dit qu’elles n’en avaient pas du tout et qu’elles n’en auraient jamais.

Du prix ? Ce n’est pas une question d’argent, mais bien de valeur. L’argent, il en faut, ce serait mentir que de prétendre le contraire ; mais la valeur il en faut aussi dans la vie, peut-être même davantage. Et parmi les valeurs, il y en a une qui a un grand prix et dont il m’a fallu beaucoup de temps avant d’en découvrir l’importance : c’est le souvenir, la mémoire. Il faut avoir des souvenirs, il faut avoir de la mémoire si nous voulons vivre une vie d’homme, une vie de femme digne — c’est aussi vital que le pain. Mais il ne faut pas en rester prisonnier ; regardons toujours vers l’avant et l’avenir.

Aussi, ne jetez pas trop vite vos vieilles archives. Ne vous débarrassez pas trop vite, pour ne pas dire jamais, de vos souvenirs. Veillez à conserver ces moments magiques qui sont tout doucement en train de devenir des souvenirs. N’oubliez pas toutes ces années qui vous ont vu passer à travers des souffrances et des joies sans nom de l’enfance tardive au jeune âge adulte. C’est la meilleure chose que je peux vous souhaiter parce que le trésor d’une bonne mémoire est un moyen sûr pour s’épanouir et atteindre au bonheur.

Rossano Rosi
24 juin 2022

Photos

Photos prises par Mme Cukas
 
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